🕮 Nourrices

Publié le par Ismérie

Nourrices Séverine Cressan avis

Auteur : Séverine Cressan

Éditeur : Dalva

Date de parution : 21 août 2025

Nombre de pages : 272 pages

Genre littéraire : Historico-fantastique

Public cible : Adultes

Format lu : Papier (emprunt bibliothèque)

Note : 3/5 🔥

Lecture terminée le 14 octobre 2025.

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📖 Résumé de l’éditeur :

"À travers les aventures de quelques femmes, on découvre l'incroyable vie des nourrices, ces mères invisibles sur lesquelles a reposé toute une industrie pendant plusieurs siècles.

Dans ce village, c'est du corps des femmes qu'on tire l'argent qui fait vivre les familles. Car ici, on vend une denrée précieuse : le lait maternel. Sylvaine, son propre enfant à peine sevré, accueille chez elle comme tant d'autres une "petite de la ville". Mais une nuit, en pleine forêt, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et à ses côtés un carnet qui raconte son histoire. Elle ne pourrait veiller sur ces trois nourrissons et quand celle dont elle a la garde meurt dans son sommeil, elle n'hésite pas à échanger les bébés. L'enfant mystérieuse prend la place de Gladie, cette petite fille qui lui avait été confiée…"

💡 Pourquoi j’ai lu ce livre ?

Pendant la rentrée littéraire, trouver une nouveauté disponible à la bibliothèque relève parfois du parcours du combattant : tout part vite, tout se réserve encore plus vite. Nourrices était là, posé sur l’étagère des nouveautés, et je n’ai pas réfléchi longtemps. Le sujet m’attirait forcément : l’allaitement, ses regards, ses idées reçues, tout ce qu’on projette dessus. En tant que jeune maman allaitante, j’étais curieuse de voir comment une fiction pouvait s’emparer de ce thème, si rare dans la littérature.

📚 De quoi ça parle ?

Il y a quelques siècles, les femmes bourgeoises n’allaitaient pas leurs enfants, car cela était mal vu. Elles faisaient alors appel à des nourrices, souvent des femmes des campagnes, ayant elles-mêmes récemment enfanté et sevré leur propre bébé. Sylvaine, capable de nourrir deux enfants, est de celles-là. Après un marché avilissant, elle se voit confier une petite fille chétive, Gladie. À la suite du décès de celle-ci, Sylvaine récupère une autre petite fille qu’elle a trouvée quelques jours plus tôt, abandonnée en forêt. Commence alors une relation complexe et risquée, l’attachement de Sylvaine pour cette enfant grandissant jour après jour.

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✅ J’ai aimé :
  • En tant que mère allaitante, je peux dire que les sensations et la magie de l’allaitement sont rendues avec beaucoup de justesse. Ces passages m’ont vraiment émue et m’ont permis de me replonger dans ces instants intimes et puissants ;
  • La mise en lumière de ce commerce et de cette pratique peu abordée dans la fiction, qui ouvre une fenêtre sur un monde historique méconnu et sur les relations entre nourrices et enfants.
❌ J’ai moins aimé :
  • À mon grand désespoir, l’histoire glisse souvent vers le « féminin sacré », le fantastique ou la pseudoscience, ce qui peut nuire à la crédibilité et à la force du récit ;
  • Quelques passages auraient mérité un peu plus de nuance sur les relations entre les personnages et les conséquences de leurs choix, au lieu de tomber dans des excès dramatiques ou symboliques.
💭 Ce que j’en ai pensé :

Nourrices a globalement été ce à quoi je m'attendais : un récit sensible autour de la profonde inégalité subie par les femmes de l'époque, qu'elles aient été les mères auxquelles on arrachait leur enfant (quelle horreur !) ou bien les nourrices forcées de sevrer leurs propres bébés pour quelques deniers. Bien que l'autrice ne se réclame d'aucun fait historique précis et ancre peu son récit dans une époque ou une région donnée, on ressent sa volonté de nous raconter un pan de l'histoire des femmes, contraintes de vendre une partie de leur corps au plus offrant. À la tête de ce commerce, ce sont souvent des hommes que l'on trouve, aux méthodes dignes d’un rabatteur, sachant qu’ils tiennent sous leur coupe des nécessiteuses travaillant dur et faisant face à un chamboulement de sentiments… pour voir finalement leurs maigres rétributions dépensées en alcool.

Tout ce qui touche à la maternité, à l’allaitement et au commerce de ces femmes est magnifiquement rendu. On retrouve la magie des premiers contacts entre une mère et son bébé, mais aussi cet instinct universel qui pousserait à allaiter tout nourrisson qui se présente. C’est d’une justesse rare pour un sujet trop rarement traité autrement que de façon sexualisée ou idéalisée.

Malheureusement, si les femmes qualifiées de sorcières ou de « femmes sachantes » étaient indispensables à cette époque pour leur connaissance des plantes et des remèdes, le récit fait le choix de basculer vers un fantastique qui m’a semblé malvenu. Cela détourne l’attention des thèmes centraux – l’enfantement, l’allaitement et le commerce de ces femmes – alors que l’histoire aurait été tout aussi forte sans cet ajout surnaturel.

📦 En bref :

Un roman agréable à lire. On sent que c’est un premier ouvrage, avec quelques excès de style et de grandiloquence, mais le récit reste plaisant. Dommage que le fantastique vienne un peu détourner les thèmes centraux, mais dans l’ensemble, j’ai passé un bon moment. À noter qu’il se lit très vite.

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