🕮 Monestarium [saga]
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Auteur : Andréa H. Japp
Éditeur : Calmann-Lévy
Date de parution : 2007
Nombre de pages : 368 pages
Genre littéraire : Thriller médiéval
Public cible : Adultes
Format lu : ePub (sur KINDLE)
Note : 4/5 🍷
Lecture terminée le 26 janvier 2026.
"1288, Al Iskandarïyah, Égypte.
Un marchand récupère la lourde besace d'un voyageur agonisant. Il n'en percera jamais le secret et ignore qu'il vient de signer son arrêt de mort. II est égorgé alors qu'il tente de vendre le sac à un intermédiaire, celui du comte Aimery de Mortagne.
1307, abbaye de femmes des Clairets, France.
La très jeune mère abbesse des Clairets, Plaisance de Champlois, doit faire face à la fronde de son chapitre. À la tête de celle-ci, la grande prieure, Hucdeline de Valézan, protégée par son frère, monseigneur Jean, ombre trouble de Rome. Une jeune moniale, Angélique, est découverte étranglée. Sans doute parce qu'elle ressemble beaucoup à l'une de ses sœurs, Marie-Gillette d'Andremont, qui a fui l'Espagne après l'assassinat de son amant. D'autres meurtres surviennent. Se peut-il que le - ou les - meurtrier soit le même que celui de l'amant de Marie-Gillette ? Ou bien faut-il se tourner vers l'une des anciennes prostituées recueillies par l'abbaye ? Ou encore vers l'un des lépreux du comte de Mortagne que l'abbaye a été contrainte d'accueillir ? Mais quel est donc le rôle exact du comte de Mortagne, qui survient très à propos en l'abbaye ? Qu'y cherche-t-il au juste ? La mystérieuse besace que convoitent tant de personnes, dont monseigneur Jean ?"
Cette autrice, c’est ma maman qui me la recommande vivement depuis plusieurs années. Il me semble qu’elle a absolument tout lu d’elle en matière de policier historique, un genre qu’elle affectionne tout particulièrement — tout comme moi. C’est donc assez naturellement que j’ai décidé de m’y plonger à mon tour avec ce titre (que je pensais à tort être un one shot, puisqu’il existe en réalité un second tome mettant en scène les mêmes protagonistes).
Début du XIVᵉ siècle. Le récit est ample, mais tout commence autour d’un mystérieux sac contenant des ossements, acheté en Terre sainte et, depuis lors, convoité par les puissants : le roi lui-même, mais aussi le pape, un archevêque ambitieux ou encore un comte aux intentions plus nobles qu’il n’y paraît.
Parallèlement, dans une grande abbaye de femmes jusque-là réputée pour sa quiétude, d’étranges événements commencent à se produire, comme si l’on cherchait à troubler l’équilibre même des lieux. Faut-il y voir une forme de jalousie à l’égard de la (très) jeune mère abbesse, Plaisance de Champlois, à peine âgée de quinze ans ? Ou bien l’abbaye recèle-t-elle un secret plus profond, directement lié à ce fameux bagage ?
- L’érudition de l’autrice, et le soin qu’elle apporte à informer le lecteur sur l’époque et le contexte de cette affaire fictive ;
- La langue soutenue employée tout au long du récit ;
- La force d’écriture accordée à chaque personnage, qu’il soit positif ou non ;
- Fait assez rare dans un roman reposant sur un mystère fil rouge me concernant : la conclusion m'a plu !
- Rien de particulier.
Quel regret de ne pas avoir découvert cette autrice plus tôt, tant cette lecture m’a enthousiasmée. De fait, ici — et ma mère avait raison — se trouvait absolument tout ce que j’apprécie dans le genre du policier historique.
D’abord, une érudition remarquable, portée par une présentation efficace du contexte post-croisades, mais aussi par l’attention accordée à des aspects plus spécifiques, comme la manière dont étaient traités les lépreux — alors appelés scrofuleux — ou encore le fonctionnement très concret d’une abbaye de femmes au XIVᵉ siècle. Cela prend d’autant plus de relief lorsque celle-ci est dirigée par une jeune femme d’à peine quinze ans, elle-même inspirée d’un personnage historique réel, devenue mère abbesse à l’âge de onze ans.
Le roman est également l’occasion d’exposer les relations conflictuelles entre papauté et royauté, ainsi que le rapport plus que douteux de certains membres du clergé à l’argent et aux plaisirs de la chair. Ce qu’Andréa H. Japp souligne avec beaucoup de justesse, c’est à quel point l’Église constitue alors un contrepouvoir surpuissant, un véritable État dans l’État, présent dans toutes les strates de la vie quotidienne et prêt, semble-t-il, à tout pour conserver cet éclat.
Au-delà de ces thématiques, le récit permet de découvrir, grâce à un procédé de roman choral, une galerie de protagonistes particulièrement fascinants, qu’ils soient du « bon » ou du « mauvais » côté. Rien n’est jamais totalement figé de ce point de vue, et chacun apporte sa pierre à la progression d’une intrigue dense, lente et riche en ramifications, que l’autrice maîtrise parfaitement, consciente de la direction dans laquelle elle souhaite mener son récit. J’ai tout particulièrement apprécié la jeune Plaisance de Champlois, la mère abbesse, dont la finesse d’esprit est un véritable délice, tout comme son ouverture et sa clémence.
Cette lecture m’a également fait apprécier plus que jamais ma liseuse Kindle et son dictionnaire intégré, tant certains termes « d’époque » — qu’il s’agisse de verbes ou de dénominations vestimentaires — ont retenu mon attention. Le texte demande donc une certaine concentration, en raison d’une langue parfois soutenue. Heureusement, cette exigence est contrebalancée par des passages plus légers, notamment à travers l’esquisse d’une romance discrète entre deux protagonistes.
Finalement, une fois la dernière page tournée, j’ai quitté ces femmes à regret, déjà pressée de retrouver la quiétude trompeuse des murs de l’abbaye.
Un roman fascinant, qui propose tout ce que le policier historique a de meilleur à offrir. Une lecture à découvrir, incontestablement.