🕮 Bobigny 1972
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Auteur : Carole Maurel & Marie Bardiaux-Vaïente
Éditeur : Glénat
Date de parution : 10 janvier 2024
Nombre de pages : 187 pages
Genre littéraire : Histoire récente
Public cible : Adultes
Format lu : Papier (emprunt bibliothèque)
Note : 4/5 ☕
Lecture terminée le 21 novembre 2025.
"En 1972, Marie-Claire Chevalier, enceinte à la suite d’un viol, est dénoncée pour avortement clandestin par son propre agresseur. L’avortement est encore, à cette époque pas si lointaine, un délit passible d’une très forte amende et même d’incarcération. Sa mère qui a tout mis en œuvre pour lui venir en aide, ainsi que des femmes ayant pris part aux événements, comparaissent elles aussi devant la justice, pour complicité. Cette affaire dramatique tristement banale devient l’un des grands procès historiques par le concours de Gisèle Halimi"
J’ai découvert ce titre dans le cadre du club de lecture du site Livraddict, autour d’une thématique consacrée à la lecture graphique — sans sujet imposé, seul le format comptait. J’ai été ravie de voir cette BD sélectionnée : le sujet ne pouvait que m’interpeller, tant on a entendu parler de Gisèle Halimi ces dernières années (Panthéon ? pas Panthéon ?).
On connaît bien le discours de Simone Veil sur la légalisation de l’avortement, mais le combat qui l’a précédé, pourtant fondamental, me semble beaucoup moins étudié et célébré. Cette lecture était donc l’occasion de revenir sur une lutte essentielle, souvent reléguée à l’arrière-plan de l’histoire collective.
Le récit nous fait suivre une même affaire à travers deux points de vue distincts. D’un côté, Marie-Claire, à peine majeure, enceinte à la suite d’un viol. Avec l’aide de sa mère, elle parvient à trouver une personne prête à pratiquer un avortement clandestin. Mais son agresseur, dans l’espoir d’échapper à une condamnation, les dénonce aux autorités — l’avortement étant alors illégal, il espère ainsi se protéger.
De l’autre, nous découvrons Gisèle Halimi. Femme aisée et cultivée, elle reçoit dans son appartement parisien le gratin intellectuel de l’époque — de Beauvoir, Sartre, ou encore le prix Nobel Jacques Monod. Lorsqu’elle prend connaissance de cette affaire, elle décide d’agir et propose de défendre gratuitement Marie-Claire et les autres femmes impliquées. Son objectif est clair : faire plier les juges en démontrant, preuves à l’appui, que ces femmes ne sont pas des criminelles, mais des victimes d’une loi profondément injuste.
- Les couleurs et l’ambiance d’une époque, très bien restituées ;
- La force du scénario, qui sait se concentrer sur les événements clés sans se disperser ;
- Le personnage de Gisèle, une femme tout simplement incroyable.
- Rien à signaler !
Bobigny 1972 fut, sur tous les points, une excellente lecture, et représente selon moi la quintessence de ce que la BD documentaire peut proposer de plus abouti.
Les auteurs ont fait le choix de simplifier les fondamentaux du procès afin de se concentrer essentiellement sur le cas de Marie-Claire et de sa mère, celui qui fut le plus médiatisé à l’époque. Ce resserrement du propos fonctionne très bien et permet de rendre l’affaire lisible, humaine, incarnée. Le récit évoque également l’importance politique et symbolique du manifeste des 343, à une période où la parole des personnalités publiques pesait lourd dans le débat. Mais plus largement, la BD met en lumière la nécessité de l’engagement politique et collectif. Gisèle Halimi s’y bat envers et contre tous, y compris au sein de sa propre profession — où les avocats apparaissent souvent timorés sur la question — pour faire évoluer la loi et obliger l’opinion publique à regarder en face le scandale de l’avortement clandestin. En donnant un visage à cette injustice, celui de Marie-Claire, dénoncée parce que violée, le propos devient impossible à ignorer.
Le dessin participe pleinement à cette immersion. La palette de couleurs très « taupe » confère à l’ensemble un aspect résolument vintage, qui nous plonge sans peine dans les années soixante-dix. Les traits sont expressifs, les visages parlants, et la mise en couleur soignée rend la lecture à la fois agréable et émotionnellement juste, sans jamais en faire trop.
En tant que femme, on ne peut qu’être touchée, émue, et même fière du chemin parcouru depuis ces années profondément violentes et injustes. La BD transmet une véritable réflexion sur le pouvoir de la mobilisation populaire et sur l’élan nécessaire pour faire bouger les lignes, tout en mettant en lumière le parcours de lutte de Gisèle Halimi. Dès l’enfance, elle semble animée par un sens aigu de la justice, une détermination sans faille et une grande liberté de pensée.
Quelle femme. Quelles femmes.
Une BD à mettre entre toutes les mains. Autour de moi, les générations précédentes se sont souvenues avec émotion de cette époque à l’évocation de cette affaire, tandis que les plus jeunes méconnaissaient, malheureusement, ce combat essentiel.
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