Zouleikha ouvre les yeux

Publié le par Ismérie

Auteur : Gouzel Iakhina

Éditeur : Noir sur Blanc

Date de parution : 24 août 2017

Nombre de pages : 464

Genre littéraire : Roman historique, Littérature Russe

Public cible : Adultes

Format lu : Livre papier (Emprunt à la bibliothèque)

Note : 4/5 ☕

Lecture terminée le 22 juin 2025.

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📝 Résumé de l'éditeur : "Dans les années 1930, au Tatarstan, au cœur de la Russie.

À l'âge de quinze ans, Zouleikha est mariée à un homme bien plus âgé qu'elle. Ils ont eu quatre filles, mais toutes sont mortes en bas âge. Pour son mari et sa belle-mère presque centenaire, très autoritaire, Zouleikha n'est bonne qu'à travailler. Un nouveau malheur arrive : pendant la dékoulakisation menée par Staline, le mari est assassiné et la famille expropriée. Zouleikha est déportée en Sibérie, qu'elle atteindra après un voyage en train de plusieurs mois. En chemin, elle découvre qu'elle est enceinte.

Avec ses compagnons d'exil, paysans et intellectuels, chrétiens, musulmans ou athées, elle participe à l'établissement d'une colonie sur la rivière Angara, loin de toute civilisation : c'est là qu'elle donnera naissance à son fils et trouvera l'amour. Mais son éducation et ses valeurs musulmanes l'empêcheront longtemps de reconnaître cet amour, et de commencer une nouvelle vie."

🛋️ Pourquoi j'ai lu ce livre ?

J’ai acheté ce roman à la fin du mois dernier pour l’anniversaire de ma maman, passionnée de littérature russe. En le feuilletant par curiosité, j’ai été happée par les premières pages, au point de l’emprunter ensuite à la bibliothèque pour en découvrir la suite… Puisqu'il m'a bien fallu l'offrir entre temps ! 😊

📚 De quoi ça parle ?

Ce roman, qui s'étend sur plusieurs années, retrace le destin de Zouleikha, une jeune Tatare élevée dans une stricte tradition musulmane, où obéir à son mari va de soi. Dans les années 1920-1930, en pleine URSS, les koulaks — ces paysans jugés trop prospères — sont expropriés et déportés en Sibérie. Zouleikha, qui ne lit pas le russe et le parle à peine, découvre sur les murs les affiches d’un homme moustachu et jovial, sans savoir qu’il s’agit de Staline. N’ayant jamais quitté son village depuis son mariage, elle ignore qu’elle est elle-même considérée comme koulak à cause des biens de son vieux mari. Jusqu’au jour où elle est arrêtée et envoyée en Sibérie.

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J’ai aimé :

  • La découverte de la situation des Koulaks, ainsi que celle des autres déportés en Sibérie ; 

  • La rudesse de l’écriture, parfois éprouvante, mais en cohérence avec le propos ;

  • La finesse avec laquelle certains personnages sont développés.

J’ai moins aimé :

  • Peut-être une fin un peu précipitée.

💭 Ce que j’en ai pensé :

J’ai lu Zouleikha ouvre les yeux lentement, sur plusieurs semaines, au rythme du roman qui lui-même s’écoule sur des années. Je n’aurais pas pu faire autrement. Il m’a secouée, touchée et parfois mise à l’épreuve !

Zouleikha est une femme broyée par l’Histoire, par la faim, par les croyances rigides de son éducation musulmane. Ce n’est pas une héroïne admirable au sens classique : elle endure, elle avance sans éclat, et c’est précisément ce qui m’a bouleversée. En tant que jeune mère, j’ai été profondément marquée par ce qu’elle traverse d'ailleurs : la perte de quatre enfants, la famine, l’allaitement qui se tarit. C’était souvent difficile à lire, presque insoutenable, tant cela résonnait avec ma propre chair.

La grande force du roman, c’est de ne jamais chercher à enjoliver la réalité. La Sibérie n’est pas un lieu de résilience poétique, c’est un endroit hostile, brutal. Quels paysages ! Et pourtant, dans ce froid, dans cette noirceur, quelque chose persiste : le lien humain, fragile, maladroit, mais tenace. L’éveil de Zouleikha est discret, lent, quasiment en arrière-plan. Ce n’est pas un récit d’émancipation éclatante, mais d’une vie qui s’ouvre malgré tout, à travers les failles. D'autres personnages viennent d'ailleurs grandement enrichir le texte de leurs points de vue. 

L’écriture est, elle, rude et exigeante. Elle ne cherche pas à séduire, mais elle dit vrai. Par moments, j’y ai senti un hommage vibrant à la littérature russe classique, du peu que j'en connais, avec ce mélange si particulier de grandeur et de misère. Ce n’est pas un roman de beauté : c’est un roman sur le laid, sur la survie, et sur les miettes de bonheur qu’on arrache parfois au désespoir. 

Pour résumer, j’ai aimé la pudeur avec laquelle Gouzel Iakhina raconte tout cela. Il n’y a pas de pathos, pas d’effet dramatique : juste des êtres humains face à la violence de l’Histoire.

📦 En bref :

Très belle découverte. Ce roman me donne envie d'en découvrir d'autres de l'autrice, qui a une vraie patte bien à elle.

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